Voyage en terre malgache - carnet de voyage à Madagascar
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Une fête exceptionnelle, le famadihana ou nouvelles funérailles

Famadihana, fête traditionnelle malgache en l'honneur des ancêtresS’il est une tradition singulière à Madagascar, il s’agit du famadihana connu également sous le nom de « retournement des morts ». Véritable communion entre les familles et leurs ancêtres, ce rite funéraire est unique au monde. Un mois seulement après notre arrivée sur la grande île, nous avons eu la chance d’être conviés au famadihana de la famille d’un ami, Jery. L’évènement avait lieu le samedi 18 septembre à une vingtaine de kilomètres à l’Est de la capitale, près du petit village d’Ambatolampikely.

Le culte des ancêtres se pratique dans tout le pays avec des variantes régionales. Il consiste en l’exhumation des morts. Lors de la cérémonie, les défunts accèdent au statut d’ancêtres et apportent leur bénédiction à leurs descendants. Suivant les pratiques et les finances de la famille, le rite est organisé tous les 3, 5 ou 7 ans, un nombre pair étant généralement tabou (fady). Le jour et l’heure sont établis par un astrologue appelé mpanandro. Le mpanandro est un personnage important. Il fixe les dates des célébrations familiales dont le famadihana. Selon la tradition, le mpanandro choisit le meilleur moment en consultant les ancêtres. Parfois des évènements annonciateurs provoquent l’organisation d’un famadihana. C’est le cas quand un ancêtre rend visite en rêve à l’un de ses descendants (zana-drazana) pour lui signifier qu’il a froid et demander qu’on lui change ses linceuls (lambamena). En général, la date de lla cérémonie est décidée un an à l'avance.

Danseurs et musique traditionnelle dans la demeure familiale

Le famadihana est un moment de grande allégresse

Danseurs et musique traditionnelle
dans la demeure familiale
Le famadihana est un moment de grande allégresse

 


Pour la circonstance, une fête est organisée durant l’hiver austral (entre juin et septembre) dans une demeure située non loin du tombeau familiale. La famille, les amis et les habitants du village qui connaissaient les personnes célébrées y sont conviés. Le famadihana est un moment de retrouvailles important. Pendant plusieurs jours, les convives festoient, dansent et mangent au rythme d’un groupe de musiciens (mpidsoka sodina ou mpihira gasy pour les familles plus aisées) recruté pour l'occasion. La troupe est composée de plusieurs instrumentistes : des percussionnistes munis de tambours malgaches (langoroana) donnent le rythme, accompagnés d'un ensemble de flûtistes jouant de la sodina (flûte traditionnelle malgache).

 

Musicien jouant de la sodina (flûte traditionnelle malgache) Danses au rythme de la troupe mpihira gasy Musicien jouant de la sodina (flûte traditionnelle malgache)
Danses et musique sont des éléments essentiels du famadihana


Pendant le famadihana, tous les invités sont conviés à mangerNous n’arrivons que le jour même, mais la famille festoie depuis la veille. Les proches des morts célébrés sont vêtus de tenues raffinées confectionnées pour l’occasion. La famille a choisi les couleurs des costumes selon les conseils du mpanandro qui indique les couleurs fady (cette fois-ci le rouge et le noir). Chacun porte également un élégant chapeau de paille. Les invités se succèdent à l'intérieur de la maison où la famille sert un repas copieux à base de riz et de viande grasse (vary be menaka) qu'elle a préparé pour tous. Souvent le festin est arrosé de toaka gasy, sorte de rhum local, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. La famille de Jery attendra que la cérémonie soit terminée avant de consommer de l'alcool.

Enfant vêtu du costume confectionné pour le famadihana

Elégant chapeau de paille porté pour la circonstance par les proches des défunts

Enfant vêtu du costume confectionné
pour le famadihana
Élégant chapeau de paille porté pour la circonstance
par les proches des défunts


La veille, des membres de la famille se sont rendus au tombeau pour le miantso razana (l'appel des ancêtres). Il s'agit de parler aux défunts pour les avertir qu'ils doivent être prêts pour la fête du lendemain. Le matin du famadihana, une personne de la famille (souvent l'aîné) ouvre le tombeau à l'heure décidée par le mpanandro. En début d'après-midi, une procession s’organise avec à sa tête les proches. Elle quitte la demeure familiale pour se rendre au tombeau en traversant le village puis en empruntant des sentiers de la campagne environnante. Les portraits des défunts sont tendus vers le ciel, le drapeau malgache flotte dans le ciel bleu.

Le chef de famille veille au bon déroulement du famadihana

Les proches des défunts, en costume, marchent en tête de la procession

Le chef de famille veille au bon
déroulement du famadihana
Les proches des défunts, en costume de circonstance, marchent en tête de la procession

Le drapeau malgache, les portraits des défunts et des nattes en raphia sont hissés vers le ciel

Le groupe emprunte un sentier à travers la campagne pour rejoindre le tombeau

Le drapeau malgache, les portraits des défunts et les nattes en raphia sont hissés vers le ciel Le groupe emprunte un sentier à travers la campagne pour rejoindre le tombeau


Le chemin emprunté n'a pas été choisi par hasard, c'est également le mpanandro qui a décidé du trajet. Généralement celui-ci veille au bon déroulement de la cérémonie, mais cette fois-ci il ne pouvait être présent. Il a néanmoins donné ses consignes à la famille. Le cortège marque des pauses à intervalles réguliers. Le rythme des tambours s’accentue alors pour appuyer les danses de la tête du groupe.

Le groupe de tête s'arrête régulièrement pour danser Le groupe de tête s'arrête régulièrement pour danser Costumes raffinés pour le famadihana
Le groupe de tête s'arrête régulièrement pour danser Costumes raffinés pour le famadihana

 

Enfin la procession arrive près du tombeau. Se plaçant en face de l'entrée, le groupe danse de plus belle, agitant au dessus des têtes les nattes en raphia qui serviront à porter les corps. Un des membres de la famille grimpe sur le tombeau pour y placer le drapeau malgache. La musique et les danses cessent alors pour laisser la parole au chef du fokontany (village) qui donne son accord pour l'ouverture du tombeau.

Danse devant le tombeau Le drapeau malgache est hissé avant de pénétrer dans le tombeau
Danse devant le tombeau Le drapeau malgache est hissé avant de
pénétrer dans le tombeau

 

Les invités sont rassemblés autour des corps des défunts Quelques hommes de la famille pénètrent à l'intérieur du tombeau. On les nomme les mpamoaka razana (ceux qui font sortir les corps des ancêtres). Ce sont eux qui connaissent les noms et places de chacun. Ils enveloppent les corps dans les nattes de raphia neuves apportées à cet effet, puis les exhument en commençant par les plus anciens. Les dépouilles sont transportées, au rythme de la musique, vers un lieu désigné par le mpanandro. Un des rôles du famadihana étant de réjouir les ancêtres, ceux-ci sont placés au Sud de l'édifice pour pouvoir profiter de la chaleur du soleil. Les corps sont déposés sur les genoux des proches. Puis la musique se fait discrète, le moment est au recueillement. La famille montre à l'assistance des photographies des personnes décédées. Alors que nous pensions que ce moment serait quelque peu mélancolique, à notre grand étonnement, il n'en est rien.

Les membres de la famille portent sur leurs genoux les défunts Les membres de la famille portent sur leurs genoux les défunts
Les membres de la famille portent sur leurs genoux les défunts
Les portraits des morts célébrés sont montrés à l'assemblée pour rappeler à leur souvenir Les portraits des morts célébrés sont montrés à l'assemblée pour rappeler à leur souvenir
Les portraits des morts célébrés sont montrés à l'assemblée pour rappeler leur souvenir


Une piste de danse est improvisée face au tombeau. Pendant près de 3h, les musiciens jouent sans relâche des airs entrainants sur lesquels se succèdent les danseurs. Cette agitation soulève beaucoup de poussière nous évoquant les fameux bals du même nom.

Les danseurs évoluent au rythme des tambours (langoroana) Les danseurs évoluent au rythme des tambours (langoroana) Les danseurs évoluent au rythme des tambours (langoroana)
Les danseurs évoluent au rythme des tambours (langoroana)
La danse amène à un état de transe aidant à se rapprocher des morts La danse amène à un état de transe aidant à se rapprocher des morts La danse amène à un état de transe aidant à se rapprocher des morts
La danse amène à un état de transe aidant à se rapprocher des morts


Après une trentaine de minutes de recueillement, les corps sont enveloppés avec de nouveaux linceuls. La famille de Jery a choisi de recouvrir d'abord chaque ancêtre avec deux lamba tavoahangy, tissus de qualité ordinaire mais très résistants. Puis un lambamena est disposé par-dessus. Les lambamena sont des étoffes fines en soie naturelle utilisées pour l'occasion. Parfois des offrandes sont glissées sous les linceuls. Ce sont de petites choses que le mort appréciait de son vivant telles que de l'argent, un livre ou encore une bouteille de rhum.

La danse amène à un état de transe aidant à se rapprocher des morts Les familles profitent de l'exhumation pour toucher et caresser les corps des parents perdus, signe d'affection mais aussi demande de bénédiction Changement des lambamena
Les corps sont déposés sur les genoux des proches Les familles profitent de l'exhumation pour toucher les corps, signe d'affection mais aussi demande de bénédiction
Changement des lambamena


Une fois les corps enveloppés dans de nouveaux lambamena, ils sont soulevés et emportés pour une dernière danse autour du tombeau. Selon la coutume, sept tours seront effectués. Chaque détail à son importance. Par exemple, il est fady (tabou) d'emmener les corps tête en avant. Ce moment est intense. Il s'en dégage une impression de totale communion entre les ancêtres et leurs descendants. D'ailleurs, la danse suit le rythme de la musique et quand celle-ci s'accentue les porteurs lèvent les corps vers le ciel en poussant de grands cris de joie.

En hissant haut les corps, les proches partagent leur bonheur avec leurs parents

En hissant haut les corps, les proches partagent leur bonheur avec leurs parents

 

Les familles dansent avec les corps 7 fois autour du tombeau Les familles dansent avec les corps 7 fois autour du tombeau Les familles dansent avec les corps 7 fois autour du tombeau
Les familles dansent avec les corps 7 fois autour du tombeau


Le famadihana terminé, chaque corps retrouve sa place dans le tombeau. Lorsqu'une personne décède, sa dépouille repose dans un premier temps dans une partie inférieure du tombeau. Après quelques années, les corps sont déplacés sur de grandes dalles plates en hauteur. Dans le cas présent, les corps des grands-parents ont été déposés sur une dalle située face de l'entrée, ceux des femmes ont été placés sur la gauche et ceux des hommes sur la droite.

Les corps sont remis à leur place dans le tombeau par les mpamoaka razana Les corps sont remis à leur place dans le tombeau par les mpamoaka razana
Les corps sont remis à leur place dans le tombeau par les mpamoaka razana
Les proches, et en particulier les anciens, accompagnent les corps jusqu'au dernier moment Les proches, et en particulier les anciens, accompagnent les corps jusqu'au dernier moment
Les proches, et en particulier les anciens, accompagnent les corps jusqu'au dernier moment


La tradition veut que les jeunes membres de la famille s'arrachent des morceaux des nattes qui ont servi au transport des corps. Placées sous le lit conjugal, elles apporteront protection et fertilité. La fête terminée, chacun retourne à la demeure familiale par le chemin de son choix. Dans la soirée, le tombeau sera de nouveau scellé.

La coutume veut que les proches se partagent les nattes ayant servies au transport des morts. Celles-ci étant censées amener protection et fertilité.

La coutume veut que les proches se partagent les nattes ayant servies au
transport des morts. Celles-ci étant censées amener protection et fertilité.


Avant de rentrer à Antananarivo, nous remettons au chef de famille une enveloppe contenant une offrande financière. La coutume veut que chacun participe aux frais occasionnés par l'organisation du famadihana. Certains invités préfèrent offrir des nattes en raphia ou des lambamena pour la cérémonie. Ce moment restera longtemps gravé dans nos mémoires. Il fut riche en émotions et il faut bien le reconnaître nous n'étions pas habitués à un tel rapport avec la mort.

 

© Crédits photos : Cyrille Cornu

Écrit par Steph,  Mardi 28 Septembre 2010 Catégorie : Rites & traditions
 

Commentaires  

 
# Les Bara d'Ihorombe 05-04-2012 15:42
Votre carnet de voyage est très instructif.
De magnifiques photos illustrent cet outil pédagogique. Serait-il possible de publier certaines photos sur le site que j'ai consacré à la culture Bara ?

http://lesbarademadagascar.pagesperso-orange.fr/
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